Li à la Béquille de Fer

Le premier Immortel dans la chronologie, le plus ancien et le seul qui ait connu et été entraîné par Lao Tseu : Li Tie Guai.

Il vient d'une famille qui était très riche. Son père, commerçant, pour briller dans leur petit village, a voulu tout investir pour gagner encore plus d'argent. Et du coup il a tout perdu. Quand Li a 3 ans, son père se suicide parce qu'il ne peut pas affronter le regard des autres. Sa mère, désespérée par sa mort, se met à pleurer jusqu'à en devenir aveugle.

À 5 ans, Li est tout seul. Il se dit : « Il faut que je trouve un travail pour aider ma famille. » Il essaye de travailler mais n'y arrive pas ; et comme il a reçu une bonne éducation, il ne veut pas faire de mal, il ne veut pas voler. Puis il se résout, à 7 ans, à commencer à voler, parce qu'il n'a pas d'autre solution. Il démarre ainsi sa carrière de voleur.

Un jour, il voit dans une auberge un personnage entouré de sept disciples, qui a l'air très important. Il s'approche et réalise que celui-ci fait très attention à une sorte de gourde qu'il protège à son côté. Li se dit : « Ça, ça a l'air d'avoir de la valeur. » De son air le plus innocent, il traîne autour de la table, prend la gourde, se fond dans la clientèle et s'en va. On ne le voit pas.

En sortant de l'auberge, il entend une voix : « Si tu voles les autres, les autres aussi seront pauvres, ils seront comme toi ; en volant les autres, tu rends des gens aussi malheureux que toi. » Li, surpris, va se réfugier dans un petit coin. Là, il réfléchit, et par cette seule clarté retrouvée, il décide de rendre la gourde.

Il retourne dans la taverne, affrontant les punitions possibles, et explique son geste, puis rend la gourde à l'homme. Ce dernier est en fait l'un des disciples de Lao Tseu. Il s'exclame : « Quelle clarté ! Je vais t'emmener voir mon Maître, il te prendra sûrement comme disciple. »

Quand ils vont voir Lao Tseu, déjà très âgé, celui-ci dit : « Oui, je vais le prendre, parce qu'il a vraiment un esprit intéressant. » Très doué, le petit Li apprend rapidement par cœur les 384 Livres de Lao Tseu. Il devient très intelligent et, en grandissant, un très bel homme, grand, aimé de tous. En étudiant les Livres et par la fréquentation du vieux sage, il développe ce qu'on appelle la Voie Royale : une voie de méditation sans aucun artifice, sans potion ni plante, qui se fait tout à l'intérieur — le vrai Neidan, l'Alchimie Interne.

Il devient très doué et prend lui-même quelques disciples. Puis Lao Tseu meurt. Mais avant, il lui dit : « Dans 12 ans, tu seras suffisamment bon pour venir me visiter au Royaume des Cieux, chez les Immortels ; donnons-nous rendez-vous, et nous finirons ta formation. »

Douze ans plus tard, aidé d'un disciple nommé Li Ching, il se réfugie dans une cave, prépare un rituel et décide d'aller voir Lao Tseu. Le voyage dure 7 jours : avec son Hun (l'âme éthérée) il se reconnecte à Yuan Shen (l'Esprit Universel) pour retrouver Lao Tseu, mais il laisse son Po (l'âme corporelle) et son corps au sol.

Il dit à son disciple : « J'ai passé toute ma vie à cultiver mon corps et mon esprit. Je pars finir le Travail, mais je ne veux pas que mon corps soit pris par des entités, ni que les Guaï que j'ai libérés puissent y revenir. Pendant 7 jours, fais les Rituels de Protection et de Nettoyage autour de moi pour t'assurer que rien n'entre. » Li Ching, honoré, s'exécute avec plaisir.

Mais le sixième jour, Li Ching apprend une nouvelle qui le bouleverse : son père veuf va se remarier avec une jeune femme qu'il connaît bien. Tiraillé, il passe une nuit difficile. Le septième jour, il se dit : « Mon maître n'est pas revenu ; il a dû être promu directement à des Fonctions Célestes. » Et il brûle le corps, puis fonce empêcher le mariage.

Maître Li rentre tranquillement des Cieux, avec une Gourde Magique offerte par Lao Tseu, content de retrouver son beau corps si bien travaillé… mais il ne trouve qu'un petit tas de cendres. Sa colère n'est rien face au vrai problème : sans corps, son Po se dissout, et chaque seconde cela s'aggrave. « Si mon Po se dissout, je devrai recommencer tout un cycle de réincarnation et tout le Travail accompli ! »

Désespéré, il cherche autour de la cave. Dans un village voisin, un homme vient de mourir dans la rue. Li précipite son Hun dans ce corps, que rejoint son Po errant. Il est très content d'avoir trouvé un nouveau corps… jusqu'à ce qu'il se lève : une jambe ne marche pas. Dans une flaque, il voit son reflet — chauve, les cheveux en bataille, un gros nez. Lui qui était si beau.

Au moment où il allait hurler, il entend un rire. C'est Lao Tseu : « Voilà ! Ce qui t'arrêtait, c'était l'image de toi-même, dont tu étais si fier. Grâce à cela, tu libères les derniers attachements à ton apparence. »

Li comprend. En boitant, il va voir Li Ching : le père de celui-ci vient de mourir d'une crise cardiaque, à la suite de leur dispute. Li juge l'épreuve injuste — le père était encore jeune — et utilise la Gourde de Lao Tseu pour lui rendre la vie et la santé. Mais il dit à son disciple : « Tu as des qualités, mais je ne te veux plus comme disciple : trouve ta propre Voie, car il ne fallait pas brûler mon corps si tôt. » Il le congédie, tout en ayant sauvé son père.

Alors qu'il part, Lao Tseu réapparaît : « Tu as pris une juste décision, tu as su faire la part des choses : il fallait renvoyer le disciple, mais il fallait aussi sauver le père. » Et pour lui montrer combien il était juste, il lui offre une Béquille de Fer, qui ne peut ni rouiller ni se briser : « Désormais, tu t'appelleras Tie Guai, Béquille de Fer. »